17
Avr

De la bonne manière d'ouvrir une banane

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

J’ai entendu maintes inepties à propos de la manière appropriée d’ouvrir une banane :

« En pressant l’extrémité basse.

– Non : en brisant l’autre.

– Non : en usant d’une aiguille pour la pré-découper puis d’un scalpel pour lacérer la peau.

– Non : en l’ébouillantant puis en la soumettant à la Question puis en lui faisant réciter deux Ave Maria pour finir par l’écraser avec des sandales.

– Cela n’a aucune importance! »

Tout ce petit monde a tort! La seule manière d’ouvrir une banane c’est de demander à sa domestique de l’ouvrir pour soi et de la présenter sur une assiette à dessert avec de la sauce au dendrobates.

 

16
Avr

Paradoxe du contre-ordre

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

N’écoutez aucun de mes ordres, ceci est un ordre!

*

Le fou croyait que le monde ne tournait pas autour de lui.

*

La différence entre prendre les bains en cure thermale et une douche en asile psychiatrique ce ne sont pas les gens mais la température de l’eau.

15
Avr

Afin de dormir pour l'éternité

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

« N’attendez plus rien de personne.

– Plait-il? Expliquez-vous, vous savez que je ne comprends la double négation.

– Je veux dire que je vous vois vous lamenter que ce vieux bouc ne meurt, mais tout le monde est toujours décevant, il ne faut attendre quoi que ce soit de qui que ce soit. N’attendez de quelqu’un qu’il trépasse, vous le feriez devenir un vampire.

– Croyez-vous?

– Certes. Mais… ah! ce vioc est allongé sur un sommier de plumes d’ailes de perdrix!

– Et?

– Et n’avez-vous jamais lu le Dictionnaire Infernal! Un malade ne peut périr ainsi alité.

– Mais il n’est pas malade : je l’ai empoisonné!

– Quelle différence? Il est malade d’empoisonnement, et après?

– Et après… Et après je saurai, je pourrai comparer avec vous.

– Avec moi?

– Eh bien hier vous avez bu le même poison que lui il y a une semaine, ainsi aurai-je un point de comparaison fiable, nous en aurons le cœur net au sujet de ces plumes de perdrix. »

*

Conseil aux sadiques : garnissez le cercueil d’un enterré vivant de plumes de perdrix, qu’il souffre quelques éternités.

 

 

14
Avr

Inhumer la surface, vivre en-dessous

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

« Mais quel terrible cauchemar je viens de faire : Je me réveillais dans un lit et dehors c’était si immense et lumineux … à en suffoquer ! Vraiment, rien ne vaut un bon cercueil ! »

13
Avr

Respectez les morts

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Médecine

De la chambre froide au four crématoire, attention aux coups de chaleur! Respectons les morts et évitons-leur les chocs thermiques.

Notice hygiénique et anti-crémation de M. Léonard et du Dr. Riviera, militants de la cause de la putréfaction naturelle

Pensez-vous sincèrement que sur les bûchers funéraires ou dans les fours nous mettons réellement les corps ? Croyez-vous que dans les cercueils inhumés sous le plomb et le marbre sont abandonnées des chairs froides et inertes aux nécrophages ? Avec tous les étudiants en médecine, les occultistes, les nécrophages, nécrophiles, possesseurs de cabinets de curiosités, couturières en mal de cuir décadent et laid pour leurs clients extravagants, etc. dont regorgent nos contrées, ce serait pure démence de gâcher une telle denrée.

Par décence nous laissons les objets de valeur dans le cercueil, afin que les profanateurs ne soient pas floués et que le système reste en place, mais sinon la propriété biologique abandonnée nous en disposons à notre guise; 25% des gains éventuels sont déduits de la facture à la famille, 35% si c’est un lot de deux pièces.

Léonard

12
Avr

Aux pieds de la lettre : certainement des chaussures

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

« Si c’est bien le coeur de la forêt que vous cherchez, docteur Riviera, rangez votre cornet auditif et effacez cette expression de surprise à chaque fois que vous tentez de trouver un pouls. Coeur de la forêt, c’est une expression.

– Et vous, crachez ce que vous avez volé au cadavre lors de notre visite au cimetière, parler une langue morte est aussi une expression, vous ne parlez aucune langue autre que la nôtre.

– Ah? Mais… je ne la mâche pas pour cette raison, seulement pour le plaisir.

– Tout comme moi : j’ausculte ces rochers et ces mousses pour mon seul plaisir. »

 

***

Van Gogh aura certainement prêté l’oreille à un voleur.

Lorsque l’on réussit à faire jurer à cet hydrocéphale que s’il avait la grosse tête il se suiciderait avec une arme à feu dans la bouche on annula sa commande pour un cercueil aux dimensions extravagantes.

10
Avr

Entre deux océans

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

Versomberlain

8
Avr

Nihil verum nisi … mors ?

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Collection Privée

C’était à l’époque où j’étais cocher, lorsque je faisais la ligne de M. à N. Nous étions sur le point d’arriver à l’auberge où nous devions passer la nuit mais j’étais pris d’une envie pressante et, prétextant la fatigue des chevaux, je m’en allai lever la patte contre un arbre, invitant par la même les passagers à m’imiter si besoin était, mais personne ne descendit, ce qui m’interpella parce qu’il y en a toujours un avec une vessie prête à exploser, à n’importe quel moment du voyage.

Je frappai à la porte mais personne ne répondit. Que je sois foudroyé par le jeune et fougueux dieu de l’orage si exécrable pestilence peut avoir existé ailleurs en ce monde ! Une puanteur acre, émétique, brûlant la gorge et incendiant les nasaux, qui crèverait l’œil valide d’Odin si cette horreur odoriférante était une lance.

Depuis la distance que j’avais prise en m’écroulant par terre dans le fossé je ne pouvais rien discerner dans les ténèbres de la voiture mais il me sembla que rien n’y bougeait. Je profitai de dételer les chevaux, afin de leur épargner de succomber aux miasmes, pour lancer quelques gravillons par la portière, mais là encore rien ne bougea.

J’expliquai la situation à un vieillard qui passait par là. Je le connaissais pour l’avoir croisé quelques fois, c’était un vieil équarrisseur amateur que rien ne devait répugner. Il me toisa d’un œil amorphe et méprisant en caressant les flasques rides de ses joues puis, sans piper mot, il s’engouffra dans l’obscurité étouffante et en tira trois corps.

« Ils sont morts, pour sûrs, asphyxiés.

– Qu’en savez-vous ? lui demandai-je.

– J’en sais que j’en ai vu des cadavres, et ça ç’en est ! Et ces lèvres bleues comme un ciel malade, ces langues gonflées comme celles des canards bouffés par les vers, ces yeux bovins… ils sont morts asphyxiés. »

Le manche de l’éventail d’une jeune voyageuse était pourvu d’un miroir de discrétion, je m’en saisis et le plaçai sous ses narines pour constater qu’effectivement aucune buée ne se forma à sa surface. Pourtant je restai circonspect ; quelque chose que je n’arrivais pas à identifier me faisait douter, et comme le vieux me devina tracassé il suggéra :

« Fourrez-lui un doigt dans l’œil, si ça réagit pas c’est que c’est mort.

– Voilà qui est tout à fait igno… »

Mais je n’eus pas le temps de terminer que le croulant tâta les globes oculaires sans provoquer la moindre réaction.

« Vous voyez, se voulut-il rassurant tout en ne pouvant contrôler les trémolos qui naquirent dans sa gorge. Vous voyez qu’ils sont bien morts. Bon, moi j’y vais, j’ai à faire.

– Une minute. Lui, ce jeune homme, probablement le fiancée de celle-là, j’ai vu sa poitrine se soulever.

– Ca arrive que les dépouilles dansent : les gaz, les nerfs, les muscles qui se relâchent… Ne cherchez pas, ils sont canés.

– Non, vous dis-je.

– Moi j’lui foutrai pas un doigt dans l’derrière.

– Plait-il ?

– Ben, hé… Vous savez, pour être sûr… »

Pourquoi procédai-je à cette abjecte vérification ? Et comment en vîmes-nous à évaluer leur état mortuaire par la molestation des chairs ventrales, par la torsion des parties intimes masculines, par l’ablation des mamelons, par la mise à feu d’une bouche dont nous brisâmes les mâchoires, par la scalpation d’une future mariée, etc. ? Je crois que nous avons voulu être trop zélés, ou alors nous sommes-nous quelque peu emportés. Toujours est-il que la mort n’aurait dû, alors, ne faire aucun doute, mais le vieux et moi tremblions de tous nos membres.

Je me remémorais toutes ces histoires macabres que ne se content les adultes que lorsque les enfants sont couchés, les rencontres avec le Diable, les sacrifices impies promettant la souffrance et le trépas d’un ennemi, les sorts de magie noire, les rites sataniques et païens… Toutes ces folkloreries, elles inondèrent mes entrailles pour me les faire vomir sur les pieds de mes feux clients. Combien aurais-je donné pour que ces trois personnes aux vêtements déchirés, aux yeux crevés, aux visages brûlés, violées par des voies aussi saugrenues que blasphématoires, combien aurais-je donné pour qu’ils ne se soient pas mis à râler, à souffler de voix rauques : « Arrivés ? Sommes-nous arrivés ? » tout en se roulant par terre dans leur sang et leurs tripes pour se trainer jusqu’au marchepied.

Devenu subitement fou, le vieux se mit à rire et à sautiller en s’infligeant tout ce qu’il proposait dans sa chanson : « Veux-tu être bonne et m’ôter les yeux ? Merci. Veux-tu me mordre la langue et en cracher un petit bout sur cette fleur, mon bel ange ? Merci. Veux-tu introduire ce couteau dans mon nez pour voir s’il saigne ? Merci. » etc.

Je m’évanouis, le temps que la Lune ne se lève dans la nuit et parcourt la distance de deux pouces tenus à bout de bras, le temps que les trois morts soient retournés à leur siège.

« …mon grand âge. Merci. Veux-tu qu’avec mes bras amputés je replace le cocher à sa place ? Merci. »

Et le vieux flatta le cheval de gauche en lui léchant le derrière et relança ainsi notre voyage.

Lorsque j’arrivai à l’auberge, que se passa-t-il ? Je ne pourrais vous le dire ; nous le l’avons jamais atteinte. Nous ne sommes jamais arrivés nulle part, et pourtant nous roulons beaucoup, vraiment beaucoup, et pourtant nous ne roulons pas en rond, toujours en ligne droite malgré le brouillard, et pourtant nous vérifions souvent, à l’aide de furieux moyens, que nous ne sommes pas morts !

7
Avr

Sauvons l'authenticité

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

Nous avons trouvé un véritable château hanté, perdu au fin fond d’une forêt impénétrable habitée par des esprits et d’autres fééries, alors vous pensez bien…

Nous allons tout d’abord refaire la maçonnerie, repeindre, moderniser, poncer les bas reliefs macabres, brûler les idoles blasphématoires, changer les bougies en graisse d’enfants par des ampoules électriques. Le cachot où trainent les instruments de torture et les chaines dont se servent les fantômes pour effrayer les vivants seront astucieusement rénovés en latrines payantes. Les plafonds infernaux peints avec du sang humain seront lavés et des artistes contemporains auront la charge de les moderniser afin de dynamiser l’ensemble. Nous allons aussi terrasser les terrains alentours, drainer les marécages miasmatiques où roulent les feux follets, tracer des routes bien droites, chasser les sangliers anthropophages ainsi que les loups garous puis former une équipe de jardiniers qui s’occupera de ratiboiser les sous-bois, et désherber pour que les voitures puissent s’arrêter et les chevaux se reposer, car pour éviter que les lieux ne soient dégradés il faut de l’argent, et de l’argent nous ne pouvons en obtenir qu’en organisant des visites, donc aussi employer des guides, des gardiens, des agents d’entretien… Et tout cela causerait trop de soucis aux spectres (et nous sommes trop re$pectueux pour leur infliger quelque tourment que ce soit), nous allons donc les remplacer par des vampires acclimatés à la lumière diurne. La boutique de souvenirs sera au rez-de-chaussée là où actuellement les esprits des chants errent en griffant tout le monde (ne serait-ce pas une honte de les laisser agir ? ). Nous pensons aussi installer un confessionnal afin de prévenir toute hystérie. Un hôtel sera construit non loin, juste à côté du nouveau village qui hébergera les employés et leurs joyeuses familles.

Ah ! ça va être quelque chose que cet authentique château hanté perdu au milieu de nulle part.

5
Avr

Suivez l'odeur de grillé

   Ecrit par : F.Thievicz   et classé dans Non classé

« Excusez-moi mon cher, pourriez-vous m’indiquer où nous sommes?

– Vous êtes en Enfer !

– Ah mais que c’est mal indiqué, j’ai failli me tromper à la fourche un peu plus bas. Tenez, je vous confie mon fils. Je ne trainaille pas trop je suis attendu ailleurs. »

Où que l’on soit nous sommes sur l’une des rives de l’Enfer.