19
Sep

Dans la carrière du mal… atmosphère douce!

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Je suis sale. Les poux me rongent. Les pourceaux, quand ils me regardent, vomissent. Les croûtes et les escarres de la lèpre ont écaillé ma peau, couverte de pus jaunâtre. Je ne connais pas l’eau des fleuves, ni la rosée des nuages. Sur ma nuque, comme sur un fumier, pousse un énorme champignon, aux pédoncules ombellifères. Assis sur un meuble informe, je n’ai pas bougé mes membres depuis quatre siècles. Mes pieds ont pris racine dans le sol et composent, jusqu’à mon ventre, une sorte de végétation vivace, remplie d’ignobles parasites, qui ne dérive pas encore de la plante, et qui n’est plus de la chair. Cependant mon cœur bat. Mais comment battrait-il, si la pourriture et les exhalaisons de mon cadavre (je n’ose pas dire corps) ne le nourrissaient abondamment ? Sous mon aisselle gauche, une famille de crapauds a pris résidence, et, quand l’un d’eux remue, il me fait des chatouilles. Prenez garde qu’il ne s’en échappe un, et ne vienne gratter, avec sa bouche, le dedans de votre oreille : il serait ensuite capable d’entrer dans votre cerveau.

*

Si tu ne sais pas qui chante ainsi fais-m’en part : je laisserai mes ongles pousser durant quinze jour pousser mes ongles pendant quinze jours. Oh! comme il sera doux d’arracher brutalement de ton lit, toi l’enfant qui n’a rien encore sur la lèvre supérieure, et, avec les yeux très-ouverts, de faire semblant de passer suavement la main sur ton front, en inclinant en arrière tes beaux cheveux! Puis, tout à coup, au moment où tu t’y attendra le moins, d’enfoncer mes ongles longs dans ta poitrine molle, de façon que tu ne meures pas; car, si tu mourais, on n’aurait pas plus tard l’aspect de tes misères. Ensuite, je boirai le sang en léchant les blessures; et, pendant ce temps, qui devrait durer autant que l’éternité dure, l’enfant que tu es pleureras. Rien n’est si bon que ton sang, extrait comme je viens de le dire, et tout chaud encore, si ce ne sont tes larmes, amères comme le sel.

14
Sep

On n'échappe pas à la fin-de-siècle

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

La lueur des becs de gaz se reflétait en une étrange couleur glauque sur le pavé humide, une teinte entretenant les ténèbres, soulignant l’obscurité environnante, enlinceulant les alentours toujours plus improbables, moins suspects, absents.

Et le temps s’écoula, le présent sombra dans le passé, s’abîmant de plus en plus profondément.

Désormais le soleil ne baignait pas la contrée, non : tout comme les formes et les couleurs il s’y engloutissait, inhumé dans les épaisses brumes ondoyant sans passion ni raison en dessinant des silhouettes éthérées, cyclopéennes, divines et menaçantes. Quand je marchais il me semblait que le sol n’était plus et que tout mon corps était soumis à une pression négative. Lorsque je m’arrêtais j’entendais des murmures bruire partout avec hostilité. Mais au-delà je savais que…

***

Réalité : Épreuves rendent plus fort. (Mais à quelle fin ?) – Soumission à la chimérique quête du bonheur.

Imaginaire : Choisir son époque, même impossible, même fragmentaire. Tout y est plus beau : les paysages, les femmes, les arts, les couleurs, les musiques, les folies, les bizarreries, etc. Tout y est plus pur, ou plus idéal, ou plus étrange, ou moins ci, ou plus cela, au choix. Liberté d’être qui l’on souhaite, d’être ce que l’on désire, d’être tout le monde ou même personne. Liberté de faire taire qui l’on veut, de faire stopper n’importe quelle situation. Possibilité de planer, de plonger indéfiniment, d’acquérir ou perdre des sens. Etc. Etc.

***

Ce furent donc les deux missives que nous trouvâmes. Dans un récit imaginaire nous les aurions évidemment découvertes dans un logement vide, mais le pauvre bougre était toujours là, catatonique. Lui dont certains disaient qu’il préparait le casse du siècle (il voulait voler toute la fin-de-siècle) n’aura même pas su effacer les preuves de son existence.

Certains niais optimistes clameront qu’il a néanmoins déserté son corps : qu’ils aillent lui verser du jus de citron dans l’œil, ils verront s’il n’est pas encore là.

-*-

Mais même en début de siècle…

12
Sep

Je

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

 

Ces faquins de nains grouillaient derrière la porte. J’entendais leurs petits poings gras s’abattre sur le bois, leurs voix filtrées par leurs cordes vocales insolites, naguère cocasses, vociférant désormais de sinistres insultes et des promesses funèbres à mon adresse.

Tirant quelques pierres du pied pour les ramener vers moi, je les calais sur le seuil puis je fuis. D’abord je grimpai la muraille espérant ainsi prendre de l’avance, mais c’était sans compter sur l’agilité des diables à mes trousses. Alors je profitai d’une corniche naturelle dont je savais qu’elle gagnait l’un des encorbellements du château avec pour mauvaise – mais seule – idée de regagner les délétères labyrinthes dont je tentais pourtant de m’éloigner, car que faire sur cette île aux dimensions absurdes, cette île sans côte et sans rivage, cette île où, de l’horizon bouillonnant aux plus obscurs puits, tout n’est teint que dans cette couleur jaune et sale à laquelle aucun individu sain d’esprit ne peut croire ?

En brisant le vitrail je crus, un fugace instant, percevoir une silhouette féminine, portant une robe de velours cramoisi, certes terne et lourdement brodée d’ocre pâle, néanmoins quelque chose comme une couleur divertissante, et cela suffit à mon faible cœur pour s’emplir de lamentables espoirs. Dans quelles affres de niaiseries et d’afflictions peut-on sombrer lorsque l’on se retrouve captif ! Quelles erreurs de commet-on pas lorsque…

J’écrivais ceci lorsque je me paralysai : « Mais de qui parlé-je en disant je ? »

Je cessai ma lecture en m’interrogeant : « Mais pourquoi me récité-je une mésaventure à la première personne du singulier alors qu’à moi il ne pourrait rien m’arriver de tel ? Je pourrais me sauver de ce mauvais pas tout simplement en cessant de lire. »

Si un auteur c’est un monde piégé dans un individu, est-ce qu’un lecteur ce n’est pas un intrus ?

Qui a imaginé le personnage que vous êtes ?

9
Sep

Limbes

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Certes l’on pourrait m’accuser de meurtre, et certes je plaiderais coupable, car j’ai bel et bien tué, mais ne suis-je pas déjà condamné à la pire des peines ?

Tout commença lorsque je vis le jour : j’ai surgi dans un logis insalubre où gisait un homme nauséabond, hideux même selon les critères les plus extravagants, répugnant du corps à l’âme en passant par l’esprit. Il me parlait, sans cesse, de tous les sujets les plus bizarres et insensés que son putride esprit pouvait engendrer, et moi je devais l’écouter, encore, encore et encore.

Alors je l’ai assassiné, comme une manière de suicide : les amis imaginaires ne sont-ils pas censés mourir quand le créateur qui les a engendrés cesse de vivre ! Et désormais qui va pouvoir m’oublier pour que je disparaisse enfin ?

 

7
Sep

Ainsi parlait la pourriture

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Est-ce parce qu’une moisissure aqueuse parle qu’elle est – ou a été – vivante ? La question s’est posée lorsqu’une flaque de fange gélatineuse bouillonna et s’exprima ainsi : « J’ai toujours su que je finirai ainsi. Souviens-toi que tu es putrescible. »

Elle ne nous entendit pas lui demander si elle avait une âme, si elle était morte ou vivante, si nous pouvions lui prélever de son liquide afin de l’analyser, si nous pouvions tenter de mesurer sa densité en tentant d’y faire flotter différents bateaux en papier, mais elle continua ainsi son discours : « Maudissez-moi, au moins cela sera fait, ensuite aurai-je probablement la motivation nécessaire pour fermenter des vers et des rimes. Il n’y a que ça : être une pourriture, être un poète maudit. »

Nous passâmes nos mouchoirs au parfum fort, c’est-à-dire au laudanum et à l’eau-de-vie, les plaquâmes sur nos visages puis affrontâmes les miasmes pour nous approcher davantage et observer les volutes artistiques dansant dans la viscosité qui proclama : « Qu’importe tout ce qui se passe avant la mort. Mais qu’importe aussi ce qui se passe après ! Alors, après tout, maudissez-moi ou pas, j’ai finalement décidé de ne pas faire de poésie. Jamais ! »

Ce fut l’un de nous qui osa enfin cracher dans la petite mare, ce qui ne sembla avoir aucun effet probant puisque l’entité continua de soliloquer : « Néanmoins je ne serais pas contre le fait de mourir, encore une fois, car cela ne m’a manifestement pas suffit. Même la pourriture a droit à la paix éternelle, même la moisissure a droit à la décomposition (la vraie décomposition), non ? »

Nous la laissâmes là tandis qu’il ou elle continuait en évoquant sa mort par évaporation, son trépas dû à un certain type de gangrène inconnu, et d’autres frénésies du même acabit.

 

« Être éphémère, voilà ce qui pourrait m’arriver de mieux, entendis-je une fois glouglouter dans des caniveaux avec la même voix que la flaque.

Preuve qu’il ne faut vraiment pas se fier aux apparences, un amas d’immondices est parfois plus sensé que les amas de chairs savonnées.

 

4
Sep

Hymne à la joie

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Peu connaissaient son nom et peu étaient ceux qui parvenaient à ne pas oublier son visage sans un monumental et terrible effort psychologique, car en réalité il était davantage un sentiment flou, une vague incarnation, qu’un réel personnage. Il avait le teint rosâtre, des cheveux parfaitement coiffés, des moustaches et des rouflaquettes toujours propres et bien taillées, un visage sans cicatrice, un dos droit, des manières de gentleman, des vêtements qui paraissaient n’avoir jamais été raccommodés si souillés. Il saluait poliment, faisait le baise-main même aux catins des bas-fonds, et donnait la mesure de son hygiène dentaire à chaque sourire qu’il affichait sans jamais paraître subir de crampes aux joues ou aux lèvres.

Il sifflotait toujours sur des gammes majeures, avait toujours une plaisanterie de bon goût prête à glisser dans une discussion, ce genre de  malice permettant de ne pas s’esclaffer impoliment mais qui n’offusquerait personne.

Partout où il se rendait il était à son aise, et il avançait aussi sûrement que si le sol avait été pavé de joies et d’épanouissements. Pourtant il ne buvait pas, les pickpockets n’auraient jamais pu espérer lui voler de flasque de laudanum ni se piquer avec une seringue de cocaïne, tout juste lui connaissait-on un penchant pour les sucreries qu’il partageait d’ailleurs fort volontiers avec quiconque lui semblait en avoir envie.

Certes, ce type de déficient mental  heureux de vivre, jouissant de tout et avec tous, le cœur débordant d’une répugnante allégresse, n’est pas aussi rare que l’on imagine, mais cet homme que je décris n’appartient pas à cette classe de pourceaux, bien au contraire. Il nous l’avoua lorsque nous le soumîmes au sérum de vérité que voulait expérimenter le Dr. Riviera. Après que nous lui eûmes inoculé le produit il livra tout :

« Mais je ne suis pas heureux, pas le moins du monde ! Tout juste suis-je un excellent acteur. Ce que je souhaite c’est faire de l’ombre aux autres, c’est que ceux qui croient luire de bonheur se trouvent bien ternes comparés à moi.

« Afficher une félicité inébranlable et permanente, voilà ce qui détruit les autres plus sûrement que n’importe quelle niaiserie poétique romantique, plus violemment que l’amour, l’amitié, ou je ne sais quelle fadaise. Le spleen c’est de l’opium, du nectar de fillette, mais le bonheur insolent, voilà le poison le plus parfait. Je veux être le venin de chacun, je veux que, le soir venu, lorsqu’ils se font face à eux-mêmes, tous ceux qui ont eu à subir mes dents blanches sous mes lèvres vives et souriantes sombrent dans l’affliction, qu’ils soient désolés de ne voir que mon arrière-train poudré et propre les saluer sur l’échelle de l’allégresse, je veux que leur déréliction les entraine dans les pires affres, que même sous un soleil estival ils se croient dans un mausolée.

« Parfois je passe des semaines à harceler certaines proies avec mon bonheur, et parfois seul le passage de ma bonne humeur les fait périr. Un pendu, un corps boursouflé glissant sur les eaux glauques du fleuve, un avis nécrologique, un corps portant les empreintes de fers à cheval, tout ceci, que cela peut me faire sourire, me donner la force de continuer à sembler heureux ! »

31
Août

Ode à un digne nu-tête

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Si j’ai tant d’estime pour cette personne dont je tairai le nom ce n’est pas parce que comme tout grand personnage il s’est donné la mort avant de faner intérieurement (c’est-à-dire avant 24 ans), pas plus que pour ce que l’opinion publique qualifierai de crimes ou d’art, non ! Je l’admire parce qu’il a toujours refusé de porter des chapeaux.

Certes il a tenté de faire le bien autour de lui : il a replacé un enfant dans le sein de sa mère en les tuant tous deux par la même occasion (l’enfant avait déjà neuf ans), il a remplacé trois étés par autant d’hivers, il a interverti l’âme de deux violons, il a prophétisé que le lendemain de chaque 31 Décembre nécessiterait d’ajouter une unité au nombre des années, il a inventé le trou dans le trou (permettant de tomber plus vite et plus profondément, ou de mieux voir à travers un trou déjà existant), il a traduit la bible et maints autres ouvrages en feu, il a permis à un nombre conséquent de béotiens de découvrir le goût sucré et insolite de la belladone, il a contribué aux efforts de la gravité en descellant maintes clefs de voûte, il a élaboré trois nouveaux crocs-en-jambe, il a inventé un pantalon sans poches et un autre sans jambes; mais tout cela est secondaire, car ce qui importe c’est qu’il ne portait pas de chapeau, et c’est pour cela que je l’admire.

27
Août

Ai-je oublié de vous oublier?

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Cela parait pourtant si simple, si évident, si instinctif… Évidemment, personne n’y croit, probablement parce que personne n’existe, du moins personne n’existera sous peu.

Tout a commencé lorsque, sortant de la mine de ténèbres où l’on fabrique la nuit, je me suis dit que j’étais aussi marginal que tout le monde ; ce genre d’oxymores qui n’ont rien de conclusions mais sont plutôt des failles dans le tissu illusoire des apparences.

J’ai d’abord commencé à ne plus penser aux cratères qui alimentent si aléatoirement le cours Temps, ni aux îles aériennes violacées qui naguère voilaient si souvent le firmament, ni aux fantômes des arbres qui, d’effroi, faisaient jadis perdre leurs couleurs à des forêts entières, ni aux troupes d’hommes à tête de chien. Puis j’ai employé mon temps à ignorer les astronefs mortuaires, à détourner mes rêveries des horizons magnétiques, à ne plus me lamenter sur les épaisses plaques de skehp que l’on trouve sous le mètre de terre légale que chacun doit entretenir et qui empêchent de faire pousser quoi que ce soit. Et… Voilà ! Plus rien de tout cela n’existe. Constatez par vous-même : vous ne verrez rien de toutes ces fadaises passées. Ce que je n’imagine pas n’existe pas, ce que j’oublie disparait. Un instant je me souviens des pluies d’éther, et sans surprise les inondations délétères vont menacer, mais dès que je domine mes délires tout s’efface.

D’ailleurs j’envisage de tout oublier, le monde tout entier, demain. Oui, demain, même vous vous n’existerez plus.

Je voulais juste vous prévenir…

19
Août

Cadavre cherche usage

   Ecrit par : heresie   et classé dans Victor Frankenstein

« Pourris ! Pourris, je te l’ordonne ! hurlait le cénobite au visage rubicond. Au nom de notre seigneur Jésus Christ, pourris, fermente, moisis, décompose-toi ! … Vas-tu donc enfin obéir et redevenir poussière ! »
Mais le corps demeurait sourd aux injonctions, la peau souple et rosée, les yeux brillants et pleins.
Évidemment nous aurions pu avoir placé là un être encore vivant, avoir dérobé l’un de ces saints embaumés et conservés en reliques dans certaines cryptes chrétiennes, ou avoir troqué le corps par un artifice élaboré pour l’occasion, mais nous ne l’avions pas fait : c’était un véritable cadavre incapable de rancir.
Nous l’avions déterrée par hasard, un soir que nous nous ennuyions et que nous avions à notre disposition des pioches et la bienveillante faveur de la pleine lune.

La stèle nous en avait informé, la dépouille était en terre depuis deux ans, mais même après deux semaines à l’air libre, un bain accidentel dans le fleuve, une chute en carriole, des éclaboussures d’absinthe et d’autres liqueurs, la morte refusait de se décomposer.
« Elle brûle ! Sorcière, brûle, brûle ! trépigna le moine que nous avions convaincu de venir procéder à une expertise afin de savoir si elle avait des traits communs avec les saints catalogués mais qui avait fini par céder à une frénésie exorcistique en découvrant une verrue sur la cuisse droite.
– Ceci ? interrogea le syphilitique en désignant le bas de la robe en lambeaux. J’ai bien peur d’être l’unique responsable. J’ai tenté de savoir si elle respirait en lui offrant une cigarette… mais ses muscles et ses articulations sont trop souples.Néanmoins j’ai pu apprendre qu’en effet elle ne respire pas. »
L’eau bénite n’y fit rien, pas plus que les prières ou que les ordres au nom de quelque divinité que ce fut. Les prélèvements nous permirent de conclure que son sang restait relativement fluide, mais les réactions chimiques furent inaptes à nous indiquer qu’une quelconque solution lui avait été inoculée afin de préserver les tissus.
« Ouvrons-la, proposa Riviera.
– Si c’est afin de savoir si l’intérieur est aussi frais que l’extérieur cela serait inutile : tout est frais et souple, je vous le garantis. »
Que sous-entendait par-là le Syphilitique ? Damnation, que lui a-t-il fait subir durant la semaine où il l’a gardée chez lui ?

Nous la passâmes au vitriol, nous la rossâmes, nous tentâmes de la brûler, nous lui inoculâmes des nécrophages, nous lui perçâmes le crâne pour le remplir de chaux vive, mais rien n’y fit. Elle ne vit pas mais elle ne pourrit pas non plus, et nous ne pouvons même plus la vendre puisque nous l’avons mise en mauvais état.

Mais nous l’écorchâmes et fîmes coudre sa peau en gants d’une extraordinaire solidité et préparer les tendons pour les tendre en cordes sur des violons qui n’ont jamais aussi bien sonné.

Toutefois il nous reste les os, les organes, les ongles, les cheveux et les dents. Si vous êtes intéressé prière de passer le jeudi soir à la Taverne de l’hydrocéphale.

4
Août

Un bouleversement monumental à venir

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Hier soir une femme est passée au Club. Une femme… LA Femme. Faisant passer Irène Adler pour une clocharde de l’esprit, une Aphrodite passée au vitriol et une chanteuse de fête de village.

Tout juste avait-elle passé le seuil de la Taverne que le regard de Stiple s’embrasa de jalousie, d’admiration et de haine. Tout juste les premiers mots prononcés, si cyniques, si pertinents, si inédits, si lucides et merveilleusement révoltant, qu’un respectueux silence drapa  tel un linceul les morts que nous étions.

D’une main tremblante Mycroft indiqua l’estrade sur laquelle la lady prit place.

Vous pensez que la présence de cet admirable individu était ici justifiée par les divers éléments composant ses beautés intérieures et extérieures – et certes j’ai d’ores et déjà prévu de publier une ode à cette véritable perle de diamant sous la forme d’un bulletin – pourtant telle n’est pas l’absolue vérité.

Ah ! Quand vous saurez, chers lecteurs… quand je vous aurai appris ses savoirs, ses démonstrations, ses théories qui sont sur le point de révolutionner le monde tout entier, vous ne pourrez que partager notre admiration. La littérature va enfin perdre la mue qu’elle traîne depuis bien trop longtemps, les arts feront l’effet de pommes pourries sur leurs branches enfin soumises à la gravité. Nos concepts sur l’univers, l’alchimie, les sélénites et autres créatures extraterrestres, le temps, la matière, l’éther, l’individu, le cosmos, l’anti-cosmos, le néant, la mort, la vie, le magnétisme, l’âme, les anges, les arts noirs, l’existence toute entière, tout cela sera soufflé comme un pissenlit, tous nos anciens vœux perdus dans le vent du souvenir.

Voilà : elle  s’était saisie d’une longue plume, d’un emballage de livres, et de charbon taillé. (Les quinze œufs d’autruches, le dodo naturalisé, les placards de bocaux à spécimens, les générateurs à électricité ne furent utilisés qu’à trois heures du matin, et nous verrons plus tard dans le récit à quel génial usage). Puis, lorsque le premier schéma fut tracé déjà le…

J’interromps ici mon récit car la démonstration dura toute la nuit et je me rends compte que les lecteurs désormais aiment les récits courts, je vais donc me plier à cette règle de concision. Tant pis, vous ne saurez jamais.