19
Nov

Il n'a pas de nom parce qu'il l'a perdu au fond d'un verre de vinaigre

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Il n’a jamais porté de canne, son tube de cuivre lui servait à s’alimenter : il penchait la tête en arrière et, à la manière des avaleurs de sabres, il le plongeait dans sa gorge et versait dans l’embout évasé l’infâme soupe qu’il avait laissé cuire la journée durant sur son poêle. Pourtant cela ne l’empêcha pas de se râper la langue à l’aide d’un coupe-chou jusqu’à ne plus laisser que cette fine feuille de tissus organiques que vous connaissez. Il avait agi ainsi pour, prétendait-il, ne plus avoir le goût des aliments, même si en réalité les décoctions de datura ont seules eut honneur à sa cavité buccale.

Il était de ce sérieux moqueur qu’aurait un suicidaire ingurgitant une potion contre le mal de gorge avant de se pendre, ce sérieux dangereux qu’ont les gens qui ne croient plus en rien sinon au rire, ces las qui jouent à la roulette russe en ne se visant pas la tempe mais en pointant l’arme sur leurs camarades de jeu.

Je l’ai vu saouler un cul-de-jatte pour savoir si même sans jambes il tituberait. Je l’ai vu frapper un cadavre qu’il accusait de n’être pas assez décharné. Je l’ai vu danser auprès d’une mère dont l’enfant venait de se faire écraser par un fiacre. Je l’ai entendu chanter des infamies sous les fenêtres de l’orphelinat. Je l’ai senti venter à la messe de Pâques. Je l’ai vu voler la nourriture d’une famille de pauvres pour la jeter à la fenêtre de gens riches. Je l’ai entendu proposer d’échanger un blasphème contre une friandise à des jeunes gens tout juste sortis de leur communion. Je l’ai vu percer des tuiles avant l’orage. J’ai l’ai vu plusieurs fois uriner depuis les toits et même baisser son pantalon en roucoulant tel un pigeon. J’ai vu le crâne d’une naine qu’il avait rasé pour y écrire à l’encre de chine : « Seuls les cafards savent que j’ai du poil au nez ».

Vous m’avez demandé ce qu’est l’imprévisible, comment se manifeste le hasard. Je n’ai pas de réponse, il n’y en a pas puisque le hasard n’existe que dans l’ignorance, mais cet individu que j’ai évoqué, ce marginal qui ignore la folie parce qu’il ne la nie pas, cet étranger à toute forme d’impolitesse parce qu’on n’attend plus rien de lui, cet individu que l’on ne peut ni soudoyer ni séduire, que rien que peut magnétiser ni diriger, il est ce sur quoi je ne miserai jamais. Je préfèrerais prendre pari sur des dès pipés me donnant perdant que sur le devenir de cet homme. Croyez-moi, lorsque quelqu’un cherche le rire il n’est rien de moins que du poison.

14
Nov

CQFC

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Je

ne crois pas entre le sublime de l’émotion et la

tyrannie de le ciel, l’agencement ne restera pas les briques de médiocrité. Ainsi les miasmes de velours incertains

vacilleront comme à des herbes feuilletées par le vent ainsi qu’un livre pourri parcouru par des doigts pareils à des colombins mulâtres. Prends

ta crinière et mène-la donc près de la falaise aux lueurs de soleil éternel, récite, litane, priérois, suplicationne, avec le sang sur tes mains épanchées

par le vin.

Certes vous n’avez pas bien compris. Alors désormais relisez avec un accent slave…   :

Je ne crois pas entre le sublime de l’émotion et la tyrannie de le ciel, l’agencement ne restera pas les briques de médiocrité. Ainsi les miasmes de velours incertains vacilleront comme à des herbes feuilletées par le vent ainsi qu’un livre pourri parcouru par des doigts pareils à des colombins mulâtres.

Prends ta crinière et mène-la donc près de la falaise aux lueurs de soleil éternel, récite, litane, priérois, suplicationne, avec le sang sur tes mains épanchées par le vin.

Hum toujours rien ? Le plus étonnant, je crois, c’est que vous vous étonniez que quelque chose n’ait pas de sens tandis que tout ce qui vous entoure est déjà absurde. D’autant que c’est un extrait de traité alchimique codé du 13° siècle traduit mot à mot du grec au français moderne : le vide de sens c’est votre compréhension !

… ou mes mensonges.

 

« Je préfère finalement parler aux esprits, ils existent davantage que les vivants. Et je préfère parler aux chats et même aux chiens, ils comprennent mieux que les humains. »

Miss Stiple

11
Nov

Shaves of god

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Est-ce par renonciation au prosaïque ou parce qu’ils attendent un coup de main du ciel que certains ascètes gardent leurs bras levés?

8
Nov

Si j'ai raison les preuves doivent se plier à moi

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

« Voyez, j’ai trouvé la mue d’un dragon !

– Les dragons muent-ils ?

– Si j’en ai trouvé la peau c’est bien qu’il doit muer…

– Ces peaux de reptiles cousues au fil de cuir, de la peau de dragon ?

– Étonnant, n’est-ce pas ! Nous qui pensions que la peau des dragons est uniforme et non cousue…

– Ah certes, mais désormais personne ne pourra plus nier l’existence des dragons ! »

 

3
Nov

Chevalerie

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

La situation ne pouvait plus mal se profiler : comme tous les matins depuis soixante-six jours le chef des assaillants rôdait autour des douves, exigeant à force de vociférations et de formules peu chevaleresques les beaux organes de la fille du seigneur afin de les honorer de manière pour le moins intimes, à l’intérieur des fortifications le peuple en émoi réclamait pitance, quant à celle qui avait causé tous ces malheurs elle se lamentait en me laissant entendre qu’elle se suiciderait sous peu, ne sachant souffrir tant de culpabilité et ne voyant se profiler sur l’horizon de l’avenir de sa vie terrestre qu’un absurde  et infini labyrinthe de perfides pièges et de tortures.

A chacun (et même à tous) j’avais fait la promesse de tout arranger, mais vous connaitriez l’obstination de l’assaillant ainsi que sa légitimité à réclamer son dû, vous verriez les corps faméliques des gueux paysans, les peu de troupes dont nous disposions, et l’affliction de la jeune vierge, vous auriez comme moi douté un instant, aussi brave et fortuné soyez-vous.

« Par les cieux et tous les nuages qu’ils contiennent, fis-je à la jeune femme, se suicider est péché. J’ai une autre solution ! »

Et dans ses yeux je vis un éclat de remerciement avant que ses sourcils ne sculptassent une inattendue expression de désarroi. Pourtant dix minutes plus tard je fus acclamé, le bien avait été rendu : la jeune femme ne s’était pas donné la mort puisque je l’avais tuée. Comme j’avais découpé ses beaux organes et les avais envoyés à l’assaillant celui-ci dut se résoudre à retirer ses troupes, ayant eu ce qu’il désirait, et en attendant de baisser le pont levis, afin de satisfaire leur faim, je livrai le reste de la carcasse de la défunte vierge aux gueux.

Chevalier solitaire, serviteur du bien, j’erre désormais par monts, vaux et plaines, offrant mes services aux plus désespérés. Passez-vous la corde au cou mais ne vous pendez pas, appelez-moi et je me chargerai de cette besogne afin de vous éviter les voies des enfers.

31
Oct

L'angle vésanique

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Aucun de mes invités n’a jamais pu résister à l’angle que forment les murs et le plafond dans ma bibliothèque, face au grand fauteuil où d’ailleurs jamais je n’ai osé m’asseoir pour ma part, trop témoin des dangers de cette position.

L’aliéniste Richard Barkham a été enfermé dans son asile après l’avoir contemplé deux jours durant, la danseuse du ventre Helmut Shkrout est morte en s’épuisant à imprimer à son dos poilu les courbes bizarres de l’angle, le graveur Dorave Gusterne a fini par se crever les yeux avec ses stylets après avoir vainement tenté de reproduire des complexités ne nécessitant pourtant que trois traits, le mathématicien Naäshkashi Naäsapetilan usa des nombres imaginaires, d’équations différentielles démentielles, de vecteurs inédits, de méthodes exotiques mêlant savoirs hermétiques et sciences respectables, mais il finit par solutionner son corps à l’aide d’une fraction ayant le suicide pour dénominateur commun. Je pourrais aussi citer le cas du boulanger qui alla se faire cuire avec ses miches après avoir entraperçu le coin que j’évoque, la petite vendeuse d’allumettes qui se mit à sucer les têtes de ses marchandises pour en déguster le phosphore, le boxeur qui se disloqua les vertèbres cervicales à l’aide de ses propres poings pour changer de point de vue, mais à quoi cela servirait-il puisque vous ne me croiriez pas…

Qui sait, peut-être que si je libérais la seringue à poison dissimulée dans le fauteuil l’angle ne serait probablement plus affligé de ses propriétés néfastes, mais mieux vaut ne rien changer pour l’instant, on ne joue pas impunément avec les angles étranges!

28
Oct

Les transports en communs sont l'avenir des incapables

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

Évaluons vos besoins et vos envies : vous buvez de l’absinthe en attendant de savoir enfin peindre, vous n’arrivez pas à garder votre flasque de laudanum pleine plus d’une heure, vous avez perdu le sens du goût à force de manger de la confiture de haschisch, votre avez peine à coordonner vos mouvements, vous êtes myope et dépourvu du sens de l’orientation. Alors à quoi bon vouloir une automobile ou une bicyclette ? Prenez donc un cheval. Et si vraiment la présence d’un individu intelligent vous répugne prenez le fiacre ou  le train, ainsi vous n’aurez aucun effort intellectuel à produire pour vous adresser aux animaux qui vous accompagneront.

22
Oct

Message trouvé sous un songe

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

C’était au début de Tout, lorsque le Temps n’avait pas encore atteint sa forme adulte ni le cosmos sa forme torique. Je vivais sur une île au milieu de l’océan Onirique à mi-chemin entre le dernier littoral et le bout du monde, où les rêves jouaient encore avec le merveilleux et la matière.

Je m’en souviens comme d’âges idylliques, tout était encore possible et je me plaisais à imaginer des futurs fantasques et parfaits que des mots ayant leur place dans des dictionnaires ne sauraient décrire. Je sifflais mes utopies et je les envoyais par les vents fondamentaux afin qu’ils atteignent les démiurges éthérés, et toujours j’avais des réponses en forme de grands rires enjoués et puériles – nous étions alors encore si jeunes, si innocents. Nous nous figurions que la vie n’était pas indispensable à l’existence mais qu’elle n’était pas non plus nécessairement à exclure, nous pensions que dans la lueur des étoiles se formeraient toujours assez de ténèbres pour héberger les espoirs, que le chaos ne serait jamais manquant. Peut-être nous étions-nous trompés.

20
Oct

Riens

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

 

Le contemporain n’invente qu’une seule chose : l’oubli, et l’illusion qu’il n’est pas le recyclage du passée.

 

15
Oct

Dieu? Si tu m'entends fais en sorte que je puisse me moquer

   Ecrit par : heresie   et classé dans Non classé

« Hommes approchez. »

Et Diogène frappa ceux qui étaient venus en disant :

« J’ai demandé des hommes pas des excréments. »

Tiré de Vies imaginaires de Schwob.

Venez voir, mon cher ami ! Hier j’ai prié Dieu pour que tout le monde soit aveugle, et aujourd’hui, voyez, mon vœu est exhaussé. Venez, venez, plus personne ne sait lire ! S’il vous fallait une preuve de plus que Dieu m’écoute et m’obéit…

Les scientifiques cherchent toujours l’étrange force gravitationnelle qui semble faire que les humains ne peuvent vivre à distance raisonnable les uns des autres. La prochaine étape de son évolution sera-t-elle une agglutination de chairs et de gémissements ou bien quelque chose comme un individu capable de penser? Tout est possible… Οἱ πλεῖστοι κακοί

« Il n’y a plus de saisons.

– Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

– Les arbres de cette immense forêt ne sont plus jamais en fleur.

– Ce ne sont pas des arbres mais des immeubles!

– Mais il en pousse de partout… »