Francis Thievicz

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Le duel le plus long de l’histoire

Chère et vénérée Honorine,

C’est avec affliction que je me vois obligé de renoncer au rendez-vous que vous m’avez adressé : cette semaine je dois remplir mes devoirs de témoin.
Avez-vous déjà entendu parler d’un duel à mort qui dure plus de deux ans ? J’en suis hélas en partie responsable, et me dois de faire preuve d’abnégation afin de me repentir et assumer les conséquences de ma malice.
L’histoire commença comme toutes les genèses de duel : par une quantité négligeable de raison et une déraisonnable tourmente d’amour-propre. Mon meilleur ami avait été blessé dans son honneur et rendez-vous fut pris pour un duel avec le calomniateur. Comme l’adversaire avait presque trente ans de plus je priai mon ami de se donner un handicape afin de faire preuve de fair-play, comme disent les anglais. Ce fut alors qu’une étincelle de perversité nous foudroya : Puisque le duel devait être équitable pourquoi ne pas se blesser la main afin de demander la pareille à l’adversaire. Ainsi fut entamé un long processus visant à élaborer les pires mutilations qui exigeraient de l’autre partie d’assez intolérables contreparties pour qu’il refuse le duel et présente ses excuses.
Pourtant, lorsque je me présentai chez les témoins adverses, je découvris non seulement qu’ils acceptaient mais qu’eux aussi avaient fomenté la même idée décadente.
Ainsi ce furent deux loques pathétiques, manchots, cul-de-jatte, borgnes, à moitié édentés et scalpés qui durent s’affronter – nulle partie ne voulant céder aux lamentables effrois de l’excuse publique.
Depuis donc deux ans ils se battent comme ils peuvent, incapables d’infliger la moindre plaie létale à l’autre. Il est décidé que les combats ne se déroulent que de 5 à 13 heures, chacun des deux témoins de chaque partie devant assumer son impotent lorsque celui-ci ne règle pas ses affaires d’honneur.
Puisque je crois qu’aucun ne mettra encore à mort l’autre, je serai donc libre de vous visiter la semaine prochaine.

Votre dévoué et bien aimé,

C.

Edson D. Bemis clap clap

swear

Harmonie corruption

Lorsque l’on vint me demander mon expertise à propos de l’orbe trouvé dans une niche cachée du temple perdu au milieu du désert au sud de Ninawa, je reconnus tout de suite les symboles gravés. Même si le calque était de mauvaise qualité, j’en avais suffisamment étudié les caractères pour déchiffrer en quelques instants la substance du message. Je savais, puisqu’il avait été mis à jour depuis quelques semaines déjà, que les pièces métalliques du lieu où il avait été entreposé avaient commencé à rouiller, qu’une moisissure inconnue avait maculé les verres, les boiseries et même la végétation. En revanche je n’avais pas prévu que les animaux étaient déjà gagnés par les maladies et que croissaient alentour les amas fongiques ni que les spores se répandaient à telle vitesse.
Bien évidemment il existait un espoir de vaincre la menace, non pas les navrantes tranchées creusées à la hâte, mais certaines formules, certains alliages de métaux sacrés combinés à des feux savamment placés.
Pourtant je prétendis ne rien comprendre au message gravé sur l’orbe. Les générations à venir qui auraient eu à gésir sur ce vulgaire amas de poussières gravitant autour du soleil, toutes ces pathétiques vies qui ne verront pas le jour sur cette maudite planète ne me remercieront pas, mais au moins ne me blâmeront-elles pas non plus d’avoir participé à leur affliction de ramper dans cette existence étriquée qui corrompt notre coin d’univers. Un acte bien vain lorsque l’on sait à quel point le reste du cosmos pullule de vie, mais chacun agit à son échelle…

ruines

Cette erreur minoritaire du cosmos qu’est la vie ne saura jamais s’éteindre assez tôt, la décence et l’honneur lui sont trop étrangers.

Une illustration de notre sombre époque sans honneur

Oui j’ai molesté une dépouille selon la société vierge de tout crime, oui j’ai lancé une malédiction sur son âme, oui j’ai tué une femme, mais de quoi suis-je donc coupable ? Je devrais recevoir une médaille !

Les règles de la galanterie exigent que l’on ne peut refuser de venir en aide à une lady, voilà pourquoi lorsque je vis cette femme me faire signe de la main je m’approchai, m’inclinai et lui offrit mon concours, et mon mouchoir afin qu’elle séchât les viles larmes souillant son délicat visage.

« Monsieur, votre canne, j’en ai besoin, et votre couteau, si vous en avez un.

– Mais bien entendu madame. Puis-je pourtant vous demander à quelles fins ? »

Elle m’expliqua brièvement la situation, et, après l’avoir écoutée, affligé, gangréné par la haine et l’infamie dont avait été victime cette pauvre lady, ce furent aussi mes muscles et mon esprit que je mis à sa disposition.

Peu à peu, évidemment, d’autres gentlemen vinrent nous prêter main forte, et bientôt nous fûmes une dizaine à molester le cadavre, puis sa pulpe, puis à brûler les viscosités qu’il restait de lui. Ensuite, sans attendre, tandis que le crépuscule avait avancé les troupes de la Nuit, j’organisai une séance durant laquelle nous convoquâmes l’âme du défunt et le maudîmes, le tourmentâmes, le torturâmes de toutes les manières dont il est possible de mettre au supplice un spectre.

Enfin, ceci fait, je tirai mon revolver et libérai une balle dans le cœur de cette femme apaisée, vengée et accomplie dans ses justes desseins. En effet, le malappris que nous avons corrigé n’était autre que celui avec lequel elle avait passé un pacte suicidaire des plus honorables et romantiques : eux qui ne se connaissaient de nulle part sinon d’un pont duquel ils avaient eu l’heureuse idée de se précipiter le même soir, ils devaient se tirer une balle dans la bouche de l’un à l’autre afin d’accomplir le dernier voyage accompagnés et ne pas souffrir d’une mort de sa propre main. Mais le couard avait hésité et n’avait osé appuyé sur la queue de détente, ou, plutôt, avait décidé de ne pas le faire, cet égoïste, jouir seul du trépas et laisser une homicide gésir dans les fanges de l’existence.

De nos jours, la morale n’existe pas plus que l’intégrité, nul ne sait presser la détente, plus personne ne sait rosser les dépouilles, damner les esprits. Quelles sombres époques vivons-nous !

romanticdeath

Idées périssables et déductions

Il plaçait ses idées dans des fioles, toutes ses idées, et parfois même celles des autres. Ainsi agissait-il de crainte d’un jour avoir le mauvais heur de perdre l’inspiration, ce qui, d’ailleurs, lui arriva.

Débouchant l’un des flacons il le huma et… et rien. Il tenta de le faire chauffer sur un bec-de-gaz avant de planter le goulot dans l’une de ses narines : rien non plus. Il tenta de produire de la condensation pour la boire, de créer un précipité, de concentrer l’essence qui devait y être contenue, sans aucun résultat heureux.
Toutes ses fioles, il en avait violé le sceau pour en éprouver les trésors, mais son esprit resta aussi sec que celui d’un journaliste ou d’un professeur. Consultant les étiquettes, il comprit : les idées vieillissent mal, et, s’aidant de la plus récente, il conclut qu’une idée ne dure pas plus de vingt-sept jours, tout comme le cycle lunaire, ce qui permet de prouver que la Lune est en lien avec les idées, que la Lune étant liée au marées, elles-mêmes liées à la pêche, elle-même liée au menu des restaurants servant de la soupe de poisson, eux-mêmes liés… Liés à quoi ? Il travaille sur la question, mais il vous tiendra informé et conclura comme il se doit. De toutes manières tout cela n’est pas un hasard.

charmeur d oiseaux 1910

Trait

Rarement fus-je aussi pressé par l’obligation de dresser le portrait d’un artiste tel qu’Abraham Surde. Une impériosité humaniste me pousse à partager l’éblouissante entreprise de ce génie.
Né manchot, il apprit à se servir de ses pieds comme un ectrodactylien droitier userait de sa pince gauche. Pourtant, à défaut d’être apte à quoi que ce soit sinon être montré dans quelques foires de mauvais goût, il avait de grandes aspirations artistiques coïncidant avec la mature modernité de la culture européenne. Ainsi imagina-t-il et tailla-t-il une pointe de charbon à usage absolument unique. Ainsi aussi dessina-t-il un trait sur une feuille blanche. Et ainsi devint-il, après sa mort survenue quelques jours suivant l’accomplissement de son œuvre, un artiste réputé dans le milieu des initiés que certains qualifient –très certainement avec exagération – de peignes-cul.
L’œil exercé pourra remarquer que l’épaisseur du trait est inconstante, que ce trait est incliné à 47°, qu’il mesure 11,3 cm, et qu’il n’est pas du tout droit. Certains initiés y voient des messages cachés prophétiques d’une importance capitale, d’autres béotiens pensent que ce n’est qu’un trait, mais ces derniers sont de la race des aigris, ceux-là même qui prétendraient qu’une bouse de vache livrée par l’unijambiste qui a sauté à cloche-pied d’Inde jusqu’en nos contrées ne vaut pas plus cher qu’un étron de chien…
Je suis au regret de ne pouvoir vous présenter le trait en question, d’une part car je n’en possède aucun droit, d’autre part car sa puissance évocatrice est trop intense. Et pourtant, quel trait !

ectrodactylie

La clef des rêves

La pensée n’est pas plus un droit qu’une liberté, c’est un péril ; et si, à travers les âges, les espèces se sont acharnées à s’aliéner au prosaïque, à la veulerie intellectuelle et à la concupiscence, ce n’est pas par volonté de médiocrité mais parce que quiconque ne s’était pas soumis à son animalité n’avait pu assez endurer la vie, se délecter de ses fruits sans saveurs et assez se répandre en nombre au sein de l’espèce pour en bouleverser le caractère fondamentalement myope : nul libre penseur dont la voie a été réellement parcourue pour ne pas rester stérile ou devenir un infanticide, seuls ceux qui savent jouir de ridicules stimuli savent l’art d’ignorer l’ennui d’être.
Que les faiseurs de métaphysique continuent leur œuvre afin de résoudre par l’absurde les problèmes que, de toutes manières, peu se posent. Que les réducteurs de songes exposent et démocratisent leurs sinistres théories sur l’onirisme qui serait le complice des vices, des fluides, des sentiments, des émotions, ou de quelque autre fadaise que ce soit. Que les éthérées et justes visions des mystiques gisent dans leurs cryptiques obscurités et restent inextricablement nouées, filées en d’assez opaques métaphores pour que nul n’y puisse ouïr le trop pur timbre, que l’on n’y puisse déceler que des méthodes avantageuses à ceux qui nomment richesses tout ce qui n’est pas intérieur à soi. Que les imaginatifs – dont le lucide instinct mène les errances vers les romantiques cimes suicidaires – ne soient pas féconds et ne transmettent pas la tare du goût à l’évasion ; et que continuent à hurler et à ramper tous ceux qui, par voyage, comprennent déplacement géographique.
La Clef des rêves n’a rien de matériel, seule la formule gravée dans ses circonvolutions importe, seuls les symboles sont.
Néanmoins nos chercheurs ont réussi à la synthétiser et à la matérialiser sous forme tangible, cette fameuse Clef des rêves. Afin de bénéficier de ses prodigieux effets sans en passer par la mort volontaire ou la mélancolie absolue, d’honorer vos sommeils à la mesure de la beauté de votre âme, d’enfin vous faire un véritable plaisir solitaire, passez commande d’un livre auprès des Deux Zeppelins ou Heresie.com en ajoutant le code de réduction « ParcetteprésentecommandejecèdemonâmeàF.Thievicz » et recevez sous 10 jours la Clef Des Rêves en version limitée qui rendra jaloux tous vos amis.

Si je mens mon nez tombera

La cité est un Freak show de l’esprit

Ils s’entrainent pour courir en rond, tous ensemble ; ils se pressent pour arriver à leur point de départ et repartir, encore et encore, de plus en plus vite, pour en revenir au même point. On n’appelle pas cela absurdité, on ne nomme pas cet acte Hommage à Sisyphe. Ils s’équipent, ils s’encouragent, et ils s’enchantent. Il faut imaginer les joggeurs heureux, il faut imaginer la course circulaire comme la manifestation de l’humanité.

Et ainsi, à l’image de ce loisir, toute leur vie est une quête de la félicité par la vanité la plus prosaïque, une grotesque parodie de l’inepte, le déplacement dans la stagnation, la gloire du brassage d’air pour se retrouver au même endroit que les pitoyables léthargiques qui ne n’agitent pas ; et, dans ce triomphe de vacuité, tous s’épanouissent pourtant.

Pourquoi ? Comment ? Il n’y a pas à imaginer un Sisyphe heureux, il n’y a qu’à observer cette étrange espèce qu’est l’humain. Sur la voie de la crétinerie, l’humain, arrivé au bout du chemin, gire et arrive ainsi à aller étendre le royaume de l’absurde en des domaines inexplorés jusqu’alors.

Le tératologue avisé en quête d’autres dégénérescences dirigera avec pertinence ses errances vers le parc urbain le plus proche de chez lui.

Entretien avec Elisandre

Francis Thievicz : Elisandre, tu as écrit nombre d’articles pour Heresie.com, entretiens L’œuvre au noir, le blog sur lequel tu partages tes découvertes artistiques et ésotériques, as publié Le puzzle luciférien, ton analyse sur Rennes-le-château, et La dissection des âmes ainsi que Scarifications de l’âme, deux recueils de nouvelles fantastiques. En oublié-je ?

La suite ici :

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Entretien avec Sylvain René de La Verdière

Sylvain René de La Verdière, vous êtes le capitaine de la maison d’édition factice Les deux Zeppelins, vous écrivez sous plusieurs pseudonymes, avez codirigé un webzine musical, vous collectionnez les instruments étranges et vous refusez toutes mes provocations en duel. Prenez donc place, nous allons vous soumettre à la question.


Parmi vos activités vous écrivez, principalement du fantastique et de la science-fiction en format court. Pour quelle raison ces domaines, et pourquoi ces formats ?

Sylvain René de La Verdière : Je lis principalement de la SF et du fantastique, c’est donc naturellement que mes histoires relèvent de ces deux genres, même si j’ai une prédilection pour le fantastique. En ce qui concerne le format court, voire très court, je trouve qu’il …

La suite ici :

http://www.heresie.com/srv.php

Entretien avec Hugues Canetti

Les Deux Zeppelins publient depuis septembre dernier une série de textes singuliers, au rythme de trois épisodes par semaine. Ceux-ci fonctionnent comme un puzzle dont les pièces éparpillées seraient retrouvées une par une dans le désordre le plus complet. Au lecteur de les imbriquer pour révéler le message qu’elles contiennent et ainsi reconstituer l’histoire en tant que tel. L’auteur de ces « fragments », Hugues Canetti, a accepté de répondre à mes questions. De quoi en apprendre plus sur la genèse de ces textes et sur l’auteur lui-même.

Francis Thievicz : Hugues Canetti, vous êtes l’auteur d’un ouvrage sur Helena Blavatsky, vous publiez une revue d’entomologie et vous préparez un essai sur Joseph Smith, pourtant vous vous êtes mis à la rédaction de récits fantastiques. Pourquoi ce glissement vers la fiction ?

 

Hugues Canetti : Qui vous parle de fiction ? Je ne serais pas si catégorique. La démarcation entre fiction …

 

La suite ici :

http://www.heresie.com/canetti.php

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